CYRANO
Gabriel Lévy
Narcisse est ressuscité à Bergerac. A ce sujet, citons in-extenso Le Figaro : « Il (M. Villepin) retrouve même ses accents lyriques ». «Je repense à Cyrano à la fin de sa vie, souffrant, presque expirant, disant à Roxane «Grâce à vous ma robe a passé dans ma vie»», s'enflamme-t-il dans une espèce d'autoportrait » (1). Abscons comme souvent.
Et dire que le rédacteur évoque ensuite une « leçon d’humilité » ! Sans doute, en raison de son « dîner gastronomique au restaurant L'Imparfait » (1). Encore un acte manqué.
Autoportrait ? Irrésistiblement, vient à l’esprit la citation de Jean d’Ormesson, décrivant le panache à la Cyrano : « fait de mauvaise foi, de suprême élégance et d’inutilité » (2). Par ces temps de Clearstream et de Guy Drut, tout y est dit, sauf la désespérance des Français.
Les Français peuvent accepter les deux premiers termes. Ils ne concernent que la personnalité d’un dirigeant. Mais la perspective de vivre encore 11 mois dans l’inutilité est insupportable. Inutilité parce que justement rien d’utile ne se fera avant l’élection présidentielle, inutilité parce que, quoiqu’il fasse, M. Villepin n’a aucune chance de la remporter et « l’ambition dont on n’a pas les talents est un crime » (3).
Quel sera notre lot jusqu’en juin 2007 ? Des déclarations d’intention pour des projets non financés, des dispositions de pacotille comme la taxe sur les billets d’avion, des postures de politique étrangère dans l’espoir de détourner les regards des « affaires », des sinécures soldées avant fermeture définitive.
Et après ? Si nous avions pu croire que l’Alternance sortirait notre pays de l’ornière et ferait taire les Cassandre, l’illusion s’est dissipée à la lecture du programme du socialisme dit « à la française ». Archaïque, forcément, comme si c’était le mal incurable des Français, celui qui faisait dire naguère à l’actuel président de la République : « le libéralisme est pire que le communisme »
Bien sûr, nombreux sont nos compatriotes ayant des difficultés. Mais il n’y a aucune chance de les résoudre en appauvrissant uniformément le pays, en conduisant à l’exode ceux qui le peuvent, car « si le défaut du capitalisme est de répartir inégalement la richesse, la qualité du socialisme est de répartir également la misère ».
Pourtant, des dirigeants socialistes en Europe proposent et font une autre politique que celle à laquelle nous destinent nos doctrinaires.
En définitive, les « déclinologues » ont beaucoup d’avenir.
1- Le Figaro du 27 mai 2006
2- In Gazette de l’hôtel Drouot, 19 mai 2006, n°20, pp 188-189. Bernard Galimard Flavigny
3- François-René de Chateaubriand. Mémoires