Jean-Marie ORIHUEL,Josyane ROYERE, Jean-Claude GAGNON et toute leur équipe ont projet de vous faire percevoir les valeurs et messages du "Mouvement Démocrate".
Depuis quelques jours la lettre de Guy Môquet fait couler plus d’encre que ce malheureux enfant n’en a usé. Mais c’est le tort de notre président, de nos concitoyens aujourd’hui, du parti communiste hier, de chercher à en faire un emblème sans respecter la réalité historique et sans décrire le contexte dans lequel cette lettre, par ailleurs particulièrement émouvante, a été écrite.
Ne seront jamais contestés le courage de l’enfant, ni l’horreur de l’exécution d’un otage. Mais il faut rappeler l’histoire : le 13 octobre 1940, date de son arrestation, l’enfant n’était pas un « résistant » à l’Allemagne nazie, ou s’il l’avait été, il ne pouvait pas l’être en tant que communiste. La connaissance du contenu du tract distribué était impérative pour en décider. A cette date, les dirigeants de ce parti et le Komintern avaient fait taire les rares personnalités communistes qui s’insurgèrent contre la signature du pacte germano-soviétique. Seuls 21 parlementaires communistes sur 72 rompirent immédiatement ( Marcel Gitton, Clamamus, Capron, Loubradou, Saussot…). A notre connaissance, le député Prosper Môquet ne semble pas figurer parmi eux. De nombreux auteurs ont rappelé le rôle du parti communiste français du 23 août 1939, date de la signature du pacte germano-soviétique, au 22 juin 1941, date de l’invasion par Hitler de l’URSS (opération Barberousse) : André Marty et Maurice Thorez, depuis leur résidence à Moscou, appelaient à imposer la paix - entendez la reddition de la France - au motif qu’elle était engagée dans une guerre entre nations impérialistes, tandis que d’autres personnalités du parti s’efforçaient de s’accommoder avec l’occupant, en rivalisant « d’agit-prop » contre la guerre… dans un pays en guerre, ou occupé, et d’insultes contre le juif Mandel (certes, le ministre de l’intérieur avait dissous le parti) et contre Léon Blum (2). Stricto sensu, les communistes n’ont commencé à résister que le 21 août 1941 lorsque le futur colonel Fabien abat un soldat allemand. Mais Herschel Grynspan, un jeune juif, sans étiquette politique connue, l’avait précédé le 7 novembre 1938 en assassinant à Paris le conseiller d’ambassade allemand Von Rath, entraînant dans le Reich une vague de « représailles », prétexte d’une action prévue.
Le blog de Maitre Gilles Devers (3) nous permet de connaître la teneur du tract distribué le 13 octobre 1940 par cet enfant de 16 ans et qui a conduit à son arrestation . Pour l’auteur « la cause des malheurs n'était pas le nazisme, mais les grands groupes industriels et financiers ». « Des magnats d'industrie (Schneider, De Wendel, Michelin, Mercier ), tous, qu'ils soient juifs, catholiques, protestants ou francs-maçons, par esprit de lucre, par haine de la classe ouvrière, ont trahi notre pays et l'ont contraint à subir l'occupation étrangère (...) De l'ouvrier de la zone, avenue de Saint-Ouen, à l'employé du quartier de l'Étoile, en passant par le fonctionnaire des Batignolles (...) les jeunes, les vieux, les veuves sont tous d'accord pour lutter contre la misère... ». En définitive la mémoire de Guy Môquet doit être invoquée comme celle d’une victime de la barbarie nazie (l'exécution d'otages). Il n’y a aucun doute là-dessus. Elle doit être invoquée pour le courage exceptionnel de son auteur devant la mort, « une mort qui a transformé une vie en un destin ». Mais n’ajoutons rien sous peine de rouvrir les blessures de l’histoire. M. Guaino, la publicité donnée à cette lettre était peut-être utile, mais pas forcément opportune.
1- John Ford : « Entre l’histoire et la légende, je choisirai toujours la légende » (réalisateur cinématographique)
2- L’internationale communiste, n°2,
3- Le petit journal de la grande actualité du droit - Blog de Maître Gilles Devers